Le Conseil de Presse Gai du Québec
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Montréal, le 18 avril 2000

OBJET: Plainte du CPGQ contre Télévision Quatre Saisons (TQS) et "Les mecs Comiques".

DÉCISION

Lors de son assemblée régulière du 15 avril 2000, le Conseil de Presse Gai du Québec a étudié une plainte contre la chaîne de télévision "Télévision Quatre Saisons" pour avoir diffusé, dans le cadre de l'émission "Les mecs comiques", un certain nombre de propos humiliants et vexatoires pour la communauté gaie.

TQS a été invitée à commenter cette plainte et à déposer au Conseil une réplique. Or, le 1er mars, le Conseil recevait une réplique du producteur de l'émission (Avanti) et d'un membre du groupe des Mecs comiques, monsieur Alex Perron. Le 24 mars 2000, le Conseil recevait une télécopie de TQS nous livrant une explication.

RECEVABILITÉ:
Le Conseil a longuement discuté de la réplique de TQS, datée du 24 mars 2000 soit longtemps après le délai prescrit pour répliquer. En effet, sur le site web du Conseil, il est bien indiqué que la réplique doit nous être livrée dans les 14 jours de la signification de la plainte.

Un vote a été demandé sur cette question et c'est à 3 voix contre 2 que la réplique de TQS a été rejetée puisqu'elle était en dehors des délais prescrits. TQS n'aura donc pas droit à la procédure d'appel compte tenu de sa non collaboration dans les temps.

Les répliques d'Avanti et de monsieur Perron étant déclarées recevables.

ÉTUDE
Le Conseil s'est donc penché sur les propos des membres du groupe "Les mecs comiques" quant à plusieurs scènes de leur émission présentant des situations impliquant de la violence faite aux gais et l'utilisation du mot "fif" pour qualifier et définir un gai.

Dans sa réplique, le producteur de l'émission, monsieur Jean-Pierre Plante, de la compagnie Avanti affirmait:
«En tant que producteur au contenu de l'émission Les mecs comiques, j'estime de mon devoir de répondre aux allégations et plaintes dont fait l'objet notre série devant le Conseil de Presse Gai du Québec.

Dans un premier temps, je ne peux m'empêcher de constater que tout l'aspect "second degré" de l'humour des mecs comiques semble échapper totalement au plaignant. Chacun des traits de caractère des Mecs est exagéré, peu crédible et destiné d'abord et avant tout à faire rire.

Si on regarde objectivement le contenu des émissions, on s'aperçoit que le jeune est un cliché de jeune: à savoir qu'il est toujours vierge, qu'il est complètement dominé par sa mère et qu'il affiche une grande naïveté face à la vraie vie.

Dans le même ordre d'idée, le macho est un cliché: il est borné, imbu de lui même, insensible aux acquis du féminisme et pas assez intelligent pour se rendre compte qu'il est habituellement le dindon de la farce.

Dans sa vie de tous les jours, Alex Perron est gai et fier de l'être. C'est son choix, c'est sa vie. Il est aussi gai que Jean-François est jeune et Louis, macho.

Par contre, le personnage d'Alex dans l'émission est aussi exagéré que les deux autres, il utilise tous les clichés sur les gais pour les tourner en dérision. C'est vrai qu'Alex est souvent "victime" des propos anti-gais du macho Louis mais, si on prend vraiment le temps d'écouter comme il faut, le "fif" l'emporte la plupart du temps sur le "macho".

Ainsi, lorsqu'on présente une scène où un policier borné frappe un gai sans savoir qu'il est gai et, qu'après avoir appris son orientation sexuelle, il lance un cri de soulagement "fiou! moi qui pensais l'avoir frappé pour rien!", il ne faut y voir rien d'autre qu'une dénonciation par l'absurde de la violence gratuite à l'égard des membres de votre communauté.

J'espère que cette mise au point saura calmer vos inquiétudes et à rétablir une certaine sérénité dans nos rapports.»

Quant à monsieur Alex Perron, dans sa réplique, il affirme:
«Je vous écris cette lettre pour vous exprimer ma profonde déception suite à la plainte que vous avez déposé dans le cadre de l'émission "Les mecs comiques". Depuis ma sortie de l'École Nationale de l'Humour en 1996, je travaille au sein du groupe "Les mecs comiques" et je le fais en m'affichant ouvertement comme gai. Je suis un des seuls, sinon le seul humoriste au Québec à le faire. Je l'ai toujours fait parce que je suis fier de ce que je suis et que peut-être mon petit grain de sel pourra contribuer à faire avancer notre cause. Je savais dès le départ que je rencontrerais de la résistance, des préjugés et que j'aurais quelques douches froides. Mais je n'aurais pas cru, un instant, qu'elles me viendraient de ma propre communauté.

Je crois sincèrement que notre émission, toujours dans sa perspective humoristique, peut contribuer à élargir nos horizons. Je vous rappelle qu'elle met en scène un gai qui interagit avec deux hétérosexuels, dont un macho. Un gai qui n'est pas plus faible ou diminué par rapport à ses deux partenaires, mais bien sûr considéré sur un même pied d'égalité! Un gai qui a des opinions et qui remet en question ses deux partenaires. Bien sûr, on fait des blagues à travers des gais, mais au même titre que l'on peut en faire sur les jeunes, les femmes, les machos, les personnes âgées et j'en passe. Serions-nous devenus des intouchables? Nous nous donnons le droit de critiquer les autres, mais les autres n'auraient pas ce droit envers nous? Ou encore pire, nous n'aurions plus le droit de s'auto-critiquer?

Depuis 4 ans, je vis une franche amitié avec mes deux partenaires de scène et jamais ils ne m'ont manqué de respect. Bien au contraire, nous parlons ouvertement de ce que nous vivons en tant que gai et en tant qu'hétérosexuel. Il en va de même pour toutes les équipes avec qui j'ai travaillé dans mon milieu de travail et Dieu sait que ce n'est pas les hétérosexuels purs qui manquent dans mon milieu de travail! Par expérience, je crois que nous pouvons arriver à rire de ce que nous sommes, contribue à désamorcer des situations plus délicates et mettre à l'aise, des personnes qui ne savaient pas comment réagir face à moi. Pour moi, c'est ça faire avancer notre cause, entrer en relation avec les hétérosexuels et leur prouver que nous ne sommes pas si différents et que l'amitié entre nous c'est possible.

(...)

Qu'on rejette tous ces efforts, parce que l'on a employé le mot "fif" à plusieurs reprises et que certains sketchs n'ont pas été trop gentils à notre égard, je trouve ça dommage. Si nous sommes encore au stade de se scandaliser à cause du mot "fif", et bien, je crois qu'il est encore loin le jour où on nous acceptera à part entière.

En terminant je tiens à vous dire que je ne vous ai pas écrit cette lettre pour vous dire que je suis plus fin que vous et que je détiens la solution. Je voulais plutôt vous faire part de mon opinion et de ma déception, sans aucune prétention de ma part. Je vais continuer de faire mon travail au mieux de mes capacités et de ce que je crois le meilleur. Je suis sorti du garde-robe à l'âge de 18 ans et je n'ai pas envie qu'on m'y retourne, encore moins par ma propre communauté».

FAITS:
Le Conseil considère que présenter un gai comme un "fif" constitue un élément dégradant et vexatoire à l'endroit de la communauté gaie dans son ensemble. Si du côté des mis-en-cause on prétend nous respecter, qu'on commence par s'adresser à nous comme des "gais".

Le Conseil considère qu'actuellement le mot "fif" est encore très associé à l'homophobie et que c'est souvent le mot utilisé par ceux qui nous veulent du mal. Le projet "Dire enfin la violence" déclarait justement en 1997 que le mot "fif" était homophobe.

Les gais sortent lentement de centaines d'années de noirceur, nous avons encore en l'an 2000 de nombreux relents d'homophobie. L'usage du mot "fif" est haineux!

Quant à la réplique d'Avanti, le producteur affirme dénoncer la violence par l'absurde alors que le Conseil se questionne plutôt sur le contraire. La violence engendre la violence. Il n'est pas certain que des clichés pour tourner en dérision les gais ne soient perçus comme tels par le public.

Le producteur cherche à justifier le contenu vexatoire de l'émission en affirmant que le "fif" serait la plupart du temps plus intelligent, le Conseil n'est pas d'accord avec cette conclusion.

Quant à la réplique de monsieur Perron, Le fait d'être un gai connu n'autorise pas de se porter au ridicule et toute la communauté avec... Le jeune Perron croit faire avancer la cause alors qu'en fait, il perpétue les stéréotypes charriés par les homophobes en général. Le Conseil souhaite porter à l'attention de monsieur Perron que tout n'a pas toujours été rose pour les gais des générations qui le précèdent.

Le Conseil croit que monsieur Perron s'abaisse au niveau de ses persécuteurs par sa propre méconnaissance de l'histoire gaie québécoise. C'est en véhiculant les stéréotypes de ce genre qu'on retarde l'acceptation à part entière des gais et lesbiennes.

Le Conseil note l'absence des répliques des deux autres membres du groupe.

Devant l'ensemble du dossier, le Conseil a décidé à l'unanimité de blâmer les membres du groupe "Les mecs comiques", le producteur Avanti et le diffuseur TQS pour avoir tenu des propos vexatoires, discriminatoires, homophobes et humiliants pour l'ensemble de la communauté gaie.

À noter que Les mecs comiques et Avanti pourront faire appel de cette décision dans les dix jours de la réception des présentes en présentant des éléments nouveaux susceptibles de faire changer la décision. TQS n'est pas admissible à la procédure d'appel.

 

Pour connaître le mandat du Conseil de Presse Gai du Québec et nos procédures en général, nous vous invitons à visiter notre site web au: http://www.lenational.qc.ca/cpgq.html