© Roger-Luc Chayer / Le National


Les IRCs qui tuent!

Une analyse de deux cas récents

Nouveauté: Une vaste expertise signée de Monsieur Guillaume Latzko-Toth portant sur les utilisateurs et les motivations des "chat lines" vient d'être publiée par l'Université du Québec à Montréal. Le National vous présente cette recherche très intéressante en complémentarité à l'article plus bas. Pour lire la recherche, cliquer !


De plus en plus, les services de "chat line" sur internet deviennent l'outil de personnes aux intentions plus ou moins respectables. Malheureusement, la communauté gaie québécoise n'échappe pas à la mode. Parmi les sites les plus connus et les plus utilisés au Québec, on retrouve le fameux site de Priape et d'autres, plus conventionnels, comme #gaymtlfr, #gaysexefr, #gayadosfr, la Gang IRC et La Toile Gaie du Québec. Pour les habitués qui utilisent des sites IRC conventionnels, les actes criminels sont plus difficiles puisque des opérateurs réguliers et compétents administrent les sites et peuvent, si nécessaire, bannir temporairement ou définitivement certains usagers. Règle générale, ces sites sont assez bien administrés.

Il y a pourtant quelques exceptions qui ont malheureusement engendré des situations abusives et même criminelles. C'est le cas du site de(qui n'a rien à voir avec la situation autrement que pour héberger le site) qui diffère des IRCs traditionnels par l'utilisation d'un petit logiciel "Volcano" que l'on accède directement par son "browser" sans passer par un logiciel IRC. L'avantage de cette technique est de pouvoir accéder facilement à un site de "chat" sans avoir à changer de logiciel. Les manoeuvres sont toutefois plus limitées mais tous y trouvent satisfaction.

Un grand désavantage existe toutefois avec les sites comme Priape ou le babillard de la  En effet, personne n'a de contrôle sur les utilisateurs, ni ops ou quelque modérateur que ce soit et c'est justement sur ces sites qu'on observe le plus grand nombre d'abus. Ces abus vont de la simple diffamation, au harcèlement et aux menaces de mort. Un usager de la Gang IRC a dernièrement été arrêté et emprisonné suite à de nombreuses menaces de mort sur le site. Se croyant anonyme (tous les usagers laissent une signature électronique reliée à leur compte internet quand ils "surfent" sur le net) l'usager y allait de ses menaces jusqu'à ce qu'une victime porte plainte à la Police. Nous ne divulguerons pas ici le nom de l'agresseur comme nous n'avons pas encore eu confirmation de son identité par les personnes impliquées.


Un "usager" de Priape est sommé de cesser son comportement abusif...

À la mi-janvier, un usager utilisant les alias (nicks) de luc, DaveMTL, dave, Rock et plusieurs autres communiquait sur le site "chat" de Priape avec un autre usager (dont nous garderons l'identité secrète). Le but évident de cet usager était d'en savoir plus sur la description physique de l'autre et éventuellement, d'obtenir un rendez-vous à caractère sexuel. On a convenu de faire l'échange de photos et de donner suite si nécessaire. Le suspect a donc envoyé une photo délibérément floue afin de cacher probablement un physique peu attrayant. L'usager a donc redemandé une nouvelle photo afin de se faire une opinion plus précise du suspect. Ce dernier a obtempéré en envoyant à nouveau une photo où on ne voyait que 10% de la personne. L'usager a donc compris que l'autre avait quelque chose à cacher et lui a envoyé un message lui demandant de laisser tomber, qu'il n'était pas intéressé!

Le suspect a alors explosé et exigé de voir la photo de l'usager même si ce dernier n'était pas intéressé...

Le suspect, devant le refus de l'usager, a commencé une campagne systématique de diffamation et de harcèlement à l'endroit de l'usager en s'arrangeant pour être présent à chaque fois sur le site en même temps que la victime et en parlant de lui en mal, court-circuitant du coup tous ses efforts pour se faire des nouveaux amis. Les propos étaient du genre: "ne lui parlez pas il est manipulateur, c'est une tapette, une folle, un menteur qui fait tout pour avoir votre photo sans envoyer la sienne". Il se permettait même d'ajouter l'adresse de l'employeur de sa victime en suggérant aux autres de le dénoncer comme gai. Au début, l'usager à bien tenté d'expliquer la situation aux autres mais le suspect, en habile abuseur, a utilisé le verbe à son avantage, passant pour une victime plutôt qu'un agresseur. De plus, en 14 jours, le suspect avait réussi à envoyer plus de 148 emails à sa victime le traitant de tous les noms et le menaçant radicalement de représailles physiques.

Devant ce qui apparaissait comme un véritable abus, la victime a décidé de questionner les autres usagers afin de trouver d'autres victimes et de se constituer une banque de témoins pour une plainte éventuelle. Dès son premier contact, l'usager a réussi à obtenir l'adresse email de son agresseur, lui permettant de pouvoir porter plainte au serveur de ce dernier. Vidéotron a donc été saisi du cas de l'agresseur portant le email alazouni@vidéotron.ca et a immédiatement sommé ce dernier de cesser toute forme d'abus quel qu'il soit sous peine de voir son cas remis directement à la Police. (L'agresseur nie toujours son implication malgré l'identification visuelle faite par le serveur grâce aux photos envoyées à la victime)

La victime a finalement triomphé et peut maintenant fréquenter le site en question sans devoir subir de harcèlement et ne reçoit plus de emails du suspect depuis le 21 janvier 1999.

Les personnes victimes de harcèlement ou de menaces sur les sites de "chat" ont des recours et ne devraient jamais hésiter à les utiliser avant que les choses ne se compliquent.

1- Si possible, obtenir le email de l'agresseur.

2- Si l'agresseur utilise une adresse email d'un serveur multiple comme Hotmail, Yahoo, Netscape ou autre, il est possible de porter plainte directement à ce serveur. Le compte sera annulé et l'agresseur ne pourra plus se servir d'un compte anonyme pour faire ses méfaits. Si l'agresseur fait des menaces de mort, le serveur peut fournir à l'avocat de la victime l'identité de son client moyennant l'envoi d'une citation à comparaître.

3- Si le suspect utilise une adresse email normale, la victime pourra porter plainte directement au serveur de son agresseur. Ce dernier pourra prendre les mesures appropriées pour ne pas que le compte de son client ne serve à des fins illégales au Canada.

4- Les victimes ont toujours le choix de porter plainte à la Police. Il est impératif dans ce cas de garder toute la documentation relative à l'agresseur afin d'aider les enquêteurs à le retracer et à l'identifier.

5- Enfin, il est aussi toujours souhaitable même obligatoire d'informer les autres personnes sur le site "chat" du comportement abusif d'un usager. Ce dernier risque d'être incommodé par sa nouvelle notoriété et cessera généralement ses méfaits.